Un pneu, un clou, une baignoire Un vélo sans les roues, une armoire Un rat velu et ventru Se trémousse avec délice Sur les formes blanches et nues D'une poupée chauve, au corps lisse Une espadrille orpheline Échouée sur une casserole Pleure le pied d'une héroïne Indifférente et frivole ♪ C'est l'heure où les camions verts Vident leurs entrailles repues Sur les talus qui digèrent Tout ce qu'on n'voulait plus Et le soleil dégringole Sur le cimetière des choses Et dans la boue molle Il y a des roses Des roses Sur le cimetière des choses Avec des tiges en métal Et de la rouille sur les pétales Un ballon de cuir crevé meurt Loin des fiévreux coups d'pied des footballeurs Sur un matelas éventré Qui veille aux quatre vents S'étirent les orties volées Aux cœurs blessés des amants Et là-bas deux chats miauleurs Planqués au fond d'un frigo À l'abri des corbeaux tueurs Qui volent tout là-haut Et le soleil dégringole Sur le cimetière des choses Et dans la boue molle Il y a des roses Des roses Sur le cimetière des choses Avec des tiges en métal Et de la rouille sur les pétales ♪ Un fauteuil triste et bancal Des bouteilles en plastique, un évier La nuit qui tombe, une étoile Et au loin l'horizon désolé